On parle souvent du fer lorsque l’on est fatigué, lorsque l’on souffre d’anémie ou lorsque la ferritine apparaît trop basse sur une prise de sang. Mais avant de chercher à « faire remonter son fer », une question mérite d’être posée : que devient réellement le fer que nous mangeons ?
Car manger un aliment contenant du fer ne signifie pas que la totalité de ce fer sera utilisée par notre organisme. Entre notre assiette et nos globules rouges, le voyage est beaucoup plus complexe : le fer doit être libéré des aliments, absorbé par l’intestin, transporté dans le sang, stocké puis utilisé par nos cellules.
À quoi sert le fer ?
Le fer est un oligoélément : notre corps n’en contient qu’une petite quantité, mais il est indispensable à son fonctionnement.
Son rôle le plus connu concerne le transport de l’oxygène. Une grande partie du fer de notre organisme est intégrée à l’hémoglobine, la protéine contenue dans les globules rouges. L’hémoglobine récupère l’oxygène au niveau des poumons et permet de l’acheminer vers les tissus.
Le fer entre également dans la composition de la myoglobine, une protéine présente dans les muscles qui participe à la disponibilité de l’oxygène pour les cellules musculaires.
Mais ses fonctions ne s’arrêtent pas là. Le fer intervient également dans de nombreuses enzymes et processus cellulaires, notamment liés au métabolisme énergétique.
On comprend alors pourquoi un manque de fer peut finir par avoir des répercussions très concrètes sur notre organisme.
Ferritine, fer et hémoglobine : ce n’est pas la même chose
Ces termes apparaissent régulièrement sur les analyses sanguines et sont parfois confondus.Pour les comprendre, imaginons un petit réseau logistique.
Le fer est la matière première.
La ferritine permet principalement de stocker le fer dans nos cellules.
On peut l’imaginer comme une partie de notre réserve.
La transferrine est une protéine qui transporte le fer dans le sang : notre véhicule de livraison.
Et l’hémoglobine utilise une grande partie de ce fer pour assurer le transport de l’oxygène. C’est pourquoi une personne peut avoir une ferritine basse sans présenter encore d’anémie.Les réserves commencent à s’épuiser, mais l’organisme réussit encore à maintenir suffisamment d’hémoglobine.
Si le déficit en fer se poursuit, la production d’hémoglobine peut finir par être affectée : une anémie ferriprive peut alors apparaître.
Cette distinction est importante : une carence en fer et une anémie ne désignent pas exactement la même chose.
D’où vient notre fer ?
Notre organisme ne fabrique pas le fer. Il doit donc le récupérer, notamment grâce à notre alimentation. Mais tous les fers alimentaires ne se présentent pas sous la même forme.
Le fer héminique
Le fer héminique est associé à l’hème et se trouve principalement dans les aliments d’origine animale : viandes, abats, poissons et fruits de mer. Il est généralement mieux absorbé par l’organisme et son absorption est moins influencée par les autres composants du repas.
Le fer non héminique
Le fer non héminique est la forme que l’on trouve principalement dans les végétaux : légumineuses, céréales, graines, oléagineux, légumes… en trouve également dans certains aliments d’origine animale. Son absorption est plus variable car elle dépend beaucoup de ce que nous mangeons avec lui. Et c’est ici que l’assiette devient particulièrement intéressante.
Comment le fer est-il absorbé par notre intestin ?
L’absorption du fer se déroule principalement dans la partie haute de l’intestin grêle, notamment au niveau du duodénum. Mais tout le fer contenu dans notre alimentation ne traverse pas automatiquement la paroi intestinale : manger du fer ne signifie pas forcément l’absorber et pouvoir l’utiliser.
Avant d’être absorbé, le fer doit d’abord être rendu suffisamment disponible au cours de la digestion. Sa forme, mais aussi les aliments consommés au même repas, peuvent faciliter ou au contraire limiter cette étape.
Une fois arrivé au niveau de l’intestin, une partie du fer traverse la paroi intestinale. Il peut alors être stocké temporairement grâce à la ferritine ou rejoindre la circulation sanguine.
Pour passer de l’intestin vers le sang, il utilise une sorte de « porte de sortie » appelée ferroportine. Une fois dans la circulation, il est pris en charge par la transferrine, une protéine chargée de transporter le fer vers les endroits où l’organisme en a besoin, notamment la moelle osseuse pour fabriquer les globules rouges.
Notre petit morceau de fer avalé quelques heures auparavant possède désormais son véhicule de livraison !
Mais cette porte de sortie n’est pas toujours grande ouverte. Notre organisme régule très précisément la quantité de fer qui passe dans le sang grâce notamment à une hormone appelée hepcidine. Lorsque son taux augmente, elle réduit le passage du fer vers la circulation. L’inflammation peut notamment augmenter la production d’hepcidine : du fer peut alors être présent dans l’organisme tout en étant moins disponible pour être utilisé.
Ce qu’il faut retenir
Puisque le fer est absorbé principalement au niveau de l’intestin grêle, la santé digestive fait naturellement partie de l’équation.
L’état de la muqueuse intestinale, certaines maladies digestives ou des troubles de l’absorption peuvent influencer la quantité de fer réellement absorbée et disponible pour l’organisme.
Au final, l’assimilation du fer dépend de toute une chaîne : ce que nous mangeons, la forme du fer, les aliments qui l’accompagnent, notre digestion, l’état de notre système digestif, mais aussi les mécanismes de régulation de notre organisme.
Autrement dit, avoir suffisamment de fer dans son assiette est important, mais encore faut-il que notre organisme puisse l’absorber et l’utiliser.
Une fois absorbé, où va le fer ?
Une fois dans le sang, le fer est transporté vers les endroits où l’organisme en a besoin. Il est notamment utilisé par la moelle osseuse pour fabriquer l’hémoglobine et les globules rouges, indispensables au transport de l’oxygène.
Une partie est également mise en réserve, notamment dans le foie, principalement sous forme de ferritine.
Et notre organisme est plutôt économe : lorsque les globules rouges arrivent en fin de vie, une grande partie de leur fer est récupérée et recyclée pour être réutilisée.
Notre équilibre dépend donc de ce que nous absorbons, stockons, recyclons et perdons. Lorsque les pertes deviennent durablement supérieures à ce que l’organisme peut remplacer, les réserves diminuent progressivement.
Mais avoir des réserves de fer basses signifie-t-il forcément être anémique ? Pas nécessairement.
Peut-on manquer de fer sans être anémique ?
Oui. Et c’est une distinction importante. La carence en fer correspond à un manque de fer dans l’organisme. Elle peut commencer par une diminution des réserves, notamment évaluées grâce à la ferritine, alors que l’hémoglobine est encore dans les valeurs normales.
On peut donc avoir des réserves de fer basses sans présenter encore d’anémie.
Certaines personnes peuvent déjà ressentir une fatigue importante, un manque d’énergie, des difficultés de concentration ou une diminution de leurs capacités à l’effort, même si les résultats de la prise de sang ne semblent pas particulièrement alarmants.
Ces symptômes ne sont toutefois pas spécifiques au manque de fer : ils peuvent avoir de nombreuses autres causes et doivent être replacés dans leur contexte.S’ils persistent, s’aggravent ou ont un impact important sur le quotidien, il est préférable d’en parler avec un professionnel de santé.
Lorsque le manque de fer devient suffisamment important pour perturber la fabrication de l’hémoglobine et des globules rouges, une anémie par carence en fer, appelée anémie ferriprive, peut apparaître.
Autrement dit, les réserves peuvent commencer à s’épuiser avant que l’hémoglobine ne baisse.
Comprendre son bilan sanguin : que regarde-t-on ?
Lorsqu’on recherche une anémie ou une carence en fer, un seul chiffre ne raconte pas toute l’histoire. Plusieurs éléments de la prise de sang peuvent être mis en relation.
L’hémoglobine (Hb) est l’une des valeurs principales permettant de rechercher une anémie. Elle reflète la quantité d’hémoglobine présente dans le sang et donc, indirectement, sa capacité à transporter l’oxygène.
La ferritine donne une indication sur les réserves de fer de l’organisme. Elle peut diminuer avant même que l’hémoglobine ne baisse. Son interprétation demande cependant un peu de prudence, car elle peut notamment augmenter en présence d’une inflammation.
Le VGM (volume globulaire moyen) renseigne sur la taille des globules rouges. Lorsqu’une carence en fer devient importante, ceux-ci peuvent devenir plus petits.Selon la situation, le médecin peut également regarder la transferrine et son coefficient de saturation, qui apportent des informations sur le transport et la disponibilité du fer.
Enfin, la CRP (protéine C-réactive) est un marqueur permettant de repérer la présence d’une inflammation dans l’organisme. Elle peut notamment aider à interpréter la ferritine, car une inflammation peut faire augmenter son taux et rendre son interprétation plus délicate.
Ces différentes valeurs sont donc complémentaires. Une ferritine basse n’a pas exactement la même signification qu’une hémoglobine basse : la première renseigne principalement sur les réserves en fer, tandis que la seconde permet notamment d’identifier une anémie.
Les résultats doivent toujours être interprétés dans leur ensemble et en fonction du contexte de la personne plutôt qu’à partir d’une valeur isolée.
Pourquoi les réserves de fer peuvent-elles diminuer ?
Comprendre les analyses permet de constater qu’il existe un manque de fer. Reste ensuite une question essentielle : pourquoi ?
Notre équilibre en fer dépend finalement de trois grandes variables :
ce que nous apportons,
ce que nous réussissons à absorber,
et ce que nous perdons.
On peut donc avoir une alimentation contenant du fer et malgré tout voir ses réserves diminuer si les pertes sont importantes ou si l’absorption est insuffisante.
Chez les personnes menstruées, les pertes sanguines liées aux règles constituent notamment un facteur important. Lorsque les règles sont très abondantes ou prolongées, les pertes de fer peuvent être plus importantes.
D’autres situations peuvent également intervenir : augmentation des besoins à certaines périodes de la vie, alimentation apportant insuffisamment de fer, troubles affectant son absorption digestive ou encore pertes sanguines d’une autre origine.
C’est pourquoi une carence persistante ou qui revient régulièrement mérite d’en rechercher la cause avec un professionnel de santé, plutôt que de simplement chercher à faire remonter ses réserves.
Le fer ne travaille pas seul
Même si cet article lui est consacré, le fer ne fonctionne pas de manière isolée.
La fabrication des globules rouges et de l’hémoglobine mobilise également des protéines, des vitamines et différents micronutriments.
Notre organisme fonctionne comme un ensemble, dans lequel plusieurs nutriments interviennent à différentes étapes.
C’est aussi pour cette raison qu’il est souvent réducteur de rechercher un aliment, une plante ou un complément « miracle ».
Dans le prochain article, nous verrons justement plus concrètement quels nutriments interviennent aux côtés du fer et comment l’alimentation peut favoriser — ou parfois freiner — son absorption.
A savoir
Cet article propose des informations générales à visée pédagogique et ne remplace pas un avis médical.
Je ne suis pas médecin.
Une fatigue persistante, un essoufflement inhabituel, des palpitations, des règles très abondantes ou une carence en fer ou une anémie diagnostiquée nécessitent un avis médical.
Une supplémentation en fer ne devrait pas être entreprise à fortes doses sans indication adaptée. Avant de chercher à apporter davantage de fer, il est important de comprendre pourquoi il manque.


